mardi 25 janvier 2011

suite de la publication sur ONLiT / Conférence à propos de mon livre Post crevette aux éditions de l'Âne qui butine

Voici la deuxième partie d'un texte dont la première partie est publiée sur le site de littérature ONLiT, ici.


C’est là que ça devient intéressant puisqu’il faut savoir que notre père était un mec super riche mais complètement dégénéré et dépravé, il avait hérité d’un énorme domaine – plusieurs centaines d’hectares – de bois, de champs, de forêts etc, avec dessus plusieurs habitations dont la grange qui sert actuellement de repère et dortoir à notre réseau de prostitution anarcho-autonome et un petit chateau, qu’il a laissé complètement s’écrouler d’ailleurs, parce qu’il en avait rien à foutre. Si un jour vous êtes dans le coin venez voir, on vous fait visiter c’est vraiment impressionnant comme endroit.

Donc le mec vivait là, complètement à la ramasse, seul en plus, et évidemment il ne s’occupait pas du tout d’entretenir ni de surveiller cette immensité de terrains, ce qui a assez vite été repéré par pas mal de monde en ville. En effet cette zone de terres longe la forêt de Soignes jusqu’à Bruxelles, elle forme un accès direct à Bruxelles, ce qui évidemment a incité des gens de tous poils à faire leurs petits bizness ici, chez nous donc, sur nos terres. Par exemple il y a des campements de sans papiers, parfois des roms, des SDF en tous genre, mais aussi, attention, pas mal de prostitution.

Et c’est là que ça se corse vu qu’à un moment donné la nature a décidé de donner la vie à une fille assez barrée je dois dire, assez barrée sans que ce soit de sa faute puisqu’en fait sa particularité c’était tout simplement d’avoir un flux libidinal super développé – un peu trop développé en fait. Cette fille naît et grandit, mais à un moment donné, vers les onze-douze ans, on ne sait pas trop, les journaux n’ont pas réussi à retrouver son identité précise ni sa date de naissance, hé bien cette fille décide pour une raison ou une autre de fuguer. Du moins c’est comme ça que notre père a décrit l’affaire dans son journal, si vous passez par chez nous je vous le montrerai, il en parle assez bien.

La fille fugue et on ne sait pas trop comment mais elle se retrouve finalement, par conviction personnelle, à faire le tapin dans la forêt anarcho-autonome de mon père. Lui comme un con il faisait semblant de rien par rapport à la prostitution chez lui, il faisait semblant de rien et en même temps apparemment ça l’arrangeait bien puisqu’il allait aussi y faire des tours de temps en temps.

Voilà, ça c’est le début de Post-Crevette, quand mon père rencontre cette fille prostituée de onze-douze ans dans la forêt et qu’il l’emmène dans sa bagnole.

La suite, tout le monde s’en doute, ce sont des scènes vraiment très impressionnantes de sensualité et de sexualité complètement amorales, amorales c’est-à-dire en dehors de la morale puisque se déroulant chaque fois dans des lieux et des états complètement extérieurs au monde des hommes. La fille en question était apparemment 100% obsédée sexuelle, vraiment un cas pathologique bizarre créé on ne sait trop pourquoi par Dame Nature mais enfin vous comprendrez que nous ça nous a donné un bon moteur d’écriture.

Un moteur d’écriture d’autant plus performant et poignant en effet que, tout le monde s’en doute, hé bien cette fillette est en fait tout bonnement notre mère. Le pourquoi du comment et le comment du pourquoi elle tombe enceinte est expliqué dans le bouquin, expliqué en long et en large mais surtout complètement de travers, vu les affects dégagés par le fait d’avoir à écrire tout ça, vous vous en doutez.

Je vous passe les détails puisque vous allez lire le livre – bonne chance ! – mais bon sachez que la fille reste chez le mec, il se passe plein de trucs vraiment incroyables, on nage dans des scènes pas possibles vu les lieux où ils passent leur temps – et encore une fois, passez dans le coin je vous montre tous les endroits, c’est vraiment très impressionnant comme lieux.

Après des pages et des pages de toutes sortes de scènes corporelles hyper raffinées dans la nature, l’histoire de notre mère se termine très mal en fait. Le journal écrit par notre père qu’on a retrouvé et sur lequel on s’est basé pour l’écriture de notre livre raconte avec beaucoup de détails la fin de sa grossesse, apparemment elle était devenue invivable, complètement hystérique, elle fuguait tout le temps, il devait constamment la poursuivre à travers la forêt etc (le con flippait évidemment, il avait la trouille qu’elle se pointe dans le monde extérieur, enceinte à douze ans ça le fait moyennement pour le mâle en question).

Donc voilà, arrivée à terme elle fugue une nouvelle fois dans la forêt, et là ce qui se passe c’est que les contractions commencent. Encore une fois je ne vais pas m’approfondir là-dessus, dans le livre tout ceci est évoqué avec un souci constant tant du détail que de la pudeur requise pour la description de ce genre de circonstances, mais toujours est-il qu’après plusieurs heures il la trouve, elle est couchée près d’un marrais crevant de mal, vautrée par terre les cheveux dans la vase, c’est très impressionnant. Alors lui de son côté il ne sait pas trop quoi faire, il n’a jamais fait ça, il flippe complètement et surtout il trouve que le temps passe anormalement lentement. Comme il est alcoolique il voudrait se servir un bon coup de vodka à la maison et essaie de la convaincre de plutôt aller accoucher à la maison. Pas de bol pour lui elle s’agrippe à une souche et refuse d’accoucher ailleurs qu’ici dans la forêt.

Du coup le mec fait plusieurs fois l’aller-retour maison délabrée – marrais, d’abord pour aller chercher une flasque de vodka pour lui, puis une pour elle pour atténuer sa douleur, puis de plus en plus flippé et inquiet et impatient il repart chercher une bouteille entière ainsi que des couteaux de cuisine hyper bien aiguisés. Il se dit : tentons le tout pour le tout, faisons une césarienne. Je décris le tout pendant des pages et des pages dans le bouquin, vous en aurez pour votre argent, mais la fin est super cruelle je dois dire. Ariane et moi on naît (elle avait des jumeaux dans son ventre, il ne s’y attendait pas), notre mère est là par terre dans la forêt, complètement bousillée, il ne sait pas trop quoi foutre alors il nous prend et nous confie à une femme de ménage qui habite chez lui puis repart sur les lieux avec une bèche. Hop il creuse un trou et balance la fille dedans, c’est super glauque. La toute fin du livre est vraiment triste, horrible, puisqu’il n’arrive pas à lui couper convenablement la veine jugulaire alors il lui balance des coups de bêche dans la face, notre mère continue son râle et donc il ne trouve rien de mieux que de boucher le trou avec la bêche...

Voilà en gros l’anecdote dont je voulais vous parler, et qui situe du coup un peu mieux mon livre dans son contexte...

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